• La galanterie est-elle antiféministe ?

    Et si les féministes radicales ne donnaient bonne conscience qu'aux mufles ?

    La galanterie est-elle antiféministe ?Il y a quelques mois, j'étais invitée à l'Université de Toulouse pour y donner une conférence. Après mon intervention, le maître de conférence qui m'avait invitée et un de ses collègues me raccompagnent. Nous nous retrouvons en haut d'un escalier. Évidemment, j'ai des stilettos  vertigineux, une jupe crayon, et, comme je reprends l'avion dans la foulée, une valise. Nous poursuivons un instant notre conversation devant l'escalier et, intérieurement, je me lamente : "aucun de ces deux mufles ne va me proposer de porter ma valise ?!" Au plus profond de moi, je suis outrée. Me restent deux options : descendre l'escalier avec ma valise en m'accrochant désespérément à la main-courante ou feindre la faiblesse de manière très ostentatoire pour qu'on me vienne en aide et que je puisse descendre ce maudit escalier le pas léger.

    Heureusement, le plus âgé d'entre eux se décide enfin et me propose timidement de porter ma valise. J'accepte sans chercher à dissimuler mon soulagement. Et là, ô surprise, les langues se délient. Mon courtois collègue m'apprend, tout penaud, qu'il s'est déjà fait rembarrer plus d'une fois en se montrant courtois. Voilà pourquoi il hésitait à me proposer de porter ma valise. Les universitairEs ont apparemment horreur d'être traitées en faibles femmes par leurs collègues masculins. Celles-ci trainent une espèce de vieux complexe kantien qui opposerait beauté (caractère féminin) et intelligence (caractère masculin). Pour montrer qu'elles sont leurs égales sur plan intellectuel, elles refusent d'être traitées avec galanterie puisque cette valeur repose sur l'asymétrie des sexes. 

    Même Simone de Beauvoir opposait la savante à la coquette. La femme ayant plus de deux neurones renonce aux artefacts qui font la féminité et à l'art de minauder si elle veut paraître sérieuse (alors là on se demande qui est sexiste !) Mais pourtant, on peut avoir une thèse de doctorat et savoir marcher avec des talons de 10 cm, se sentir légitime scientifiquement et ne pas renoncer à la féminité, accepter qu'un collègue vous porte votre valise sans se sentir avilie.

    Voyant que je suis favorable à la courtoisie, le plus jeune parle à son tour et confesse s'être fait rabrouer plusieurs fois par des collègues femmes à qui il avait simplement tenu la porte battante de l'entrée de l'université comme il l'aurait fait pour n'importe qui arrivant derrière lui, par simple politesse, pas par condescendance vis à vis du sexe faible.

    Me voilà navrée pour ces deux-là. Pendant que je descends l'escalier d'un pas léger, j'argumente en faveur de la galanterie qui, à mon sens, n'a rien de sexiste. Je ne crois pas que l'égalité doivent se conquérir au prix de l'élégance, de la politesse et des règles de bienséance qui rendent la vie en société plus agréable. Je ne vois pas en quoi un homme qui me tiendrait une porte se montrerait supérieur à moi ! En outre, j'ai une sainte horreur des mufles !

    Je ne me sens pas attaquée par un homme qui porte ma valise ou qui me tient une porte parce que je ne me suis jamais sentie inférieure à un homme, je n'ai pas ce complexe qu'on beaucoup de féministes radicales adeptes de la théorie du genre. L'homme et la femme sont complémentaires en bien des domaines, ce qui n'implique pas forcément une subordination de l'un à l'autre. La vraie égalité n'est pas l'égalitarisme mais la reconnaissance des qualités de l'autre dans le respect de ses différences.

    Évidemment, la notion de séduction est inhérente à la galanterie. C'est un jeu social masculin-féminin sans doute plus prégnant en France qu'ailleurs car cela fait partie de notre héritage culturel. Cela gêne les féministes radicales qui sont mal à l'aise face à l'idée qu'elles puissent inspirer du désir à des êtres - les hommes - qui ne songent qu'à les asservir. Comme l'explique la philosophe Bérénice Levet dans son excellent ouvrage La théorie du genre ou le monde rêvé des anges (Grasset, 2014), ceux qui haïssent la galanterie sont ceux qui haïssent l'idée que les hommes et les femmes puissent s'attirer, que cela puisse être bilatéral et pas seulement l'expression de la domination masculine sur la femme prétendument plus faible.

    Alors non, je ne crois pas que la galanterie soit antiféministe ou alors, la courtoisie et la politesse le sont aussi. Cela signifierait que l'élégance et l'égalité sont incompatibles. Nous vivrions alors dans un monde bien sauvage...


  • Commentaires

    1
    Michaël
    Jeudi 21 Avril 2016 à 15:01

    Je vous cite : "La vraie égalité n'est pas l'égalitarisme mais la reconnaissance des qualités de l'autre dans le respect de ses différences."

    C'est bien vrai,et bien dit.

    Le truc c'est qu'il n'y a pas d'égalité du tout,et c'est ce qui devrait être mis en avant.

    Le dimorphisme sexuel c'est pas que pour les chiens, et les portes étaient balaises avant.

    Si tout le monde respectait et utilisait convenablement les capacités de chacun au mieux, et dans le bien de tous ,dans le cadre des ses limites ,tout le monde se sentirait mieux.

    Les "féministes" s'attachent à des broutilles purement pratiques,et oublient ce pourquoi elles se battent pour.

    Elles devraient en attendre moins des hommes, en tant que genre,et prendre l'initiative,mais les habitudes culturelles,c'est dur de s'en dépêtrer. 

    Elles seraient considérées autrement,et, à force,le féminisme ne servirait plus à rien.

    Un film montre bien l'exemple à suivre : starship troopers.

     

    J'aime bien votre façon de penser.

    ici en tout cas,j'ai rien lu d'autre.

     

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