• Le journaliste David Medioni et moi pensons que, pour parvenir à une société libre et égalitaire, il faut avant tout libérer nos sexualités. Notre tribune suite au #balancetonporc et #Metoo.

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  • Il faut se haïr pour haïr son histoire. Suite aux tristes émeutes de Charlottesville, le président du CRAN, Louis-Georges Tin, a interpelé Emmanuel Macron sur la nécessité de débaptiser, à titre symbolique, les rues et les établissements scolaires portant les noms de personnages historiques ayant favorisé la colonisation et la traite négrière. En tête de liste, Jean-Baptiste Colbert, l’auteur du Code noir, devrait être sacrifié sur l’autel d’une bien-pensance dégénérescente.

    Pour étayer son point de vue, Louis-Georges Tin clame sur le site du CRAN : « Il faut décolonialiser l’espace, décolonialiser les esprits, c’est aussi cela la réparation. » Les historiens se seraient-ils trompés ? L’abolition de l’esclavage ne date-t-elle pas du 27 avril 1848 ? La décolonisation n’a-t-elle pas pris fin en 1962 ? Faut-il réécrire l’histoire de France selon les susceptibilités de chacun ?

    Les historiens honnêtes intellectuellement frémissent d’angoisse en entendant les propos de Louis-Georges Tin qui prétend faire le procès d’un homme mort il y a 334 ans. L’histoire est l’étude du passé. Elle a vocation à mieux comprendre le présent. Les historiens ne doivent pas faire de concession. Nous devons refuser de clouer au pilori un personnage historique parce qu’il est devenu politiquement incorrect trois siècles après sa mort. L’histoire est une somme de faits que nous devons analyser objectivement, sans émotions, pour comprendre et ne pas juger. Personne ne doute plus aujourd’hui de l’horreur de la traite des Noirs. La leçon est tirée. Les historiens ont joué leur rôle de passeur.

    Mais rouvrons cependant le dossier Colbert. Ce dernier était un économiste chevronné qui, en rationnalisant l’économie par une politique interventionniste et mercantiliste, a permis à la France de devenir une grande puissance mondiale. Sa politique passait notamment par l’organisation de l’esclavage à travers la création du Code noir, ce qui était normal dans la mesure où tout l’Occident et le Moyen-Orient utilisait alors l’Afrique noire comme un énorme réservoir de main d’œuvre servile. Colbert pensait comme bon nombre d’hommes de son temps. Il ne croyait pas en l’égalité. Il était raciste. L’esclavage était pour lui une donnée économique. N’est-il pas aussi vain que stupide de reprocher à Colbert d’avoir pensé comme un homme du XVIIe siècle au XVIIe siècle ? Oui, selon nos critères actuels, Colbert est infréquentable mais qui peut se targuer de prendre encore le thé avec lui le dimanche ? Les historiens présentent Colbert tel qu’il était : un politicien qui a œuvré à la grandeur de la France en son temps même si sa pensée nous paraît en partie abjecte au XXIe siècle. Les mœurs ont changé. Nous, historiens, croyons ardemment en l’égalité. Nous méprisons le racisme. Nous voulons enseigner l’Histoire telle qu’elle est pour porter des valeurs humanistes et que plus jamais une chose aussi affreuse que la traite d’êtres humains ne puisse exister à l’avenir.

    Alors pour qui Louis-Georges Tin demande-t-il réparation quand il appelle à jeter l’opprobre sur Colbert ? Sur ceux qu’il appelle les « descendants d’esclaves » ? Les Noirs de France ne devraient-ils pas s’offusquer d’être réduits à cela par le président du CRAN ? Là où Louis-Georges Tin voit de lointains petits-fils d’esclaves, Nous voyons des Français qui n’ont heureusement jamais connu la tragédie de la servitude. Ainsi, que nous soyons Noirs ou Blancs, battons-nous ensemble aujourd’hui pour défendre le vivre ensemble et ignorons les paroles fallacieuses de ceux qui se rêvent avec une volupté nostalgique en victimes d’une époque révolue. Que Colbert nous rappelle aussi qu’autrefois la grandeur de la France s’est en partie construite dans le sang. Que son souvenir nous remémore que l’égalité fut durement acquise. L’Histoire, comme les passés individuels, n’est pas qu’une somme de bons moments. Il nous revient à nous, historiens, de rester les honnêtes transmetteurs de notre passé pour ne pas en reproduire les erreurs dans l’avenir. Historien est un métier de résistant.


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